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12 février 2006 7 12 /02 /février /2006 16:26
Un débat qui sort de la préparation immédiate du 48ème congrès de la CGT. Cela dit, il est parfaitement dans le sujet du blog « Où va la CGT ? », et mérite donc qu’on s’y attarde, à la suite de plusieurs commentaires de lecteurs. Voilà la discussion :

La critique du livre de JC Le Duigou se termine par un paragraphe qui tente rapidement de caractériser la pensée de ce dirigeant :
 
« 5) C’est un projet qui se rapproche de l’anarcho-syndicalisme à l’ancienne.
Il est frappant de voir tout au long du livre les références qui sont fort peu critiques à l’égard de l’anarcho-syndicalisme traditionnel ou du syndicalisme révolutionnaire du début du XXème siècle.
Si l'on analyse quelques unes des conclusions finales :
Nécessité d’un profond renouvellement de l’action politique (sans plus de détails) - La question de l’Etat est au cœur du rapport entre syndicat et politique - Cela bouleverse la manière dont chacun – Etat, partis, mouvement syndical – doit penser sa fonction. Tout laisse à penser que la conception nouvelle de JCLD est celle d’un syndicalisme de contre-pouvoir pour s’adapter en permanence aux évolutions du capital, sans plus s’intéresser à la question du pouvoir, clairement méprisée à la suite de l’échec des pays « soviétiques » : « L’échec du « soviétisme » et de ses succédanés a discrédité la gestion par l’Etat » (p264) »
 
Ce paragraphe nous a valu les foudres d’un lecteur, dans les termes suivants :
 
« La contestation d'un projet de la CGT qui la conduit vers un syndicalisme d'accompagnement est indispensable comme il est indispensable de repérer ses défenseurs et théoriciens qui font leur trou dans la CGT.
Néanmoins cet article comporte des aspects qui confinent à l'absurdité.
D'un coté, on dénonce l'acceptation du capitalisme et d'un autre coté on se plaint d'une absence de critique de l'anarcho-syndicalisme qui serait sans doute aux yeux de votre groupe le pire des crimes.
Qu'on me dise ce qu'est un « anarcho-syndicalisme à l'ancienne »...

Les anarcho-syndicalistes n'ont pas vocation à faire de la Cgt un syndicat d'accompagnement et il serait bon de sortir de cette logique de dénonciation par étiquetage et anathèmes.

Les anarcho-syndicalistes existent et beaucoup d'entre eux animent des sections avec parfois beaucoup de conviction à la Cgt et des luttes communes ont été menées entre des syndicats Cgt et CNT.

On a tout à regretter que des propos de ce type existent encore pour diviser ou anathémiser des militants ouvriers. Et finalement les diviser.
Comme nous avons à regretter les événements du 1er mai 2004 (voir ici)
Un peu de responsabilité de tous les militants ouvriers et une acceptation finale des tendances.
Salutations cégétistes
Pedro »
 
Le paragraphe critiqué est sans aucun doute un peu rapide, et mérite plus que quelques formules à l’emporte pièces. Nous en convenons, et il est utile et intéressant d’y revenir.
 
1)      Il ne s’agit pas ici du dévouement et de la combativité des militants anarcho-syndicalistes, dans la CGT ou ailleurs. Pedro a raison de rappeler qu’on ne peut les assimiler à des syndicalistes gestionnaires, et la formulation pouvait laisser y penser. Nous nous en excusons auprès d’eux, il ne s’agit nullement de diviser ou d’anathémiser, comme il le dit. De même que nous connaissons parfaitement l’épisode du 1er mai 2004, et ce que les militants de la CNT ont subi de la part des gros bras (et petite cervelle) de la CGT. Notons qu’ils ne sont pas les seuls. Des milliers de militants honnêtes et combatifs ont subi les attaques de l’aristocratie ouvrière et de la bureaucratie syndicale. Pour notre part, nous avons encore le souvenir vif d’un de nos camarades (de Voie Prolétarienne), ouvrier, délégué du personnel à Montupet (Gennevilliers 92), exclu un jour de la CGT au début des années 80, et licencié de l’entreprise le lendemain avec avis favorable du CE. Plus proche de nous, les camarades de Dalkia (qui font publicité à notre blog, merci à eux) ont long à dire sur la manière dont leur syndicat a été dissous hors de toute règle statutaire.
 
2)      Non, il s’agit ici de débat, entre camarades (du moins avec Pedro, pas avec JCLD définitivement perdu pour la cause !) La discussion voulait porter sur le projet syndical avancé par JC Le Duigou, et nous faisons le parallèle avec l’anarchosyndicalisme du début du 20ème siècle. Cette affirmation est illustrée par les éléments suivants du texte :
-         discrédit de la gestion par l’Etat
-         le syndicalisme doit se poser en alternative globale
-         nécessité de repenser le rapport entre syndical et politique
Cela peut éventuellement renvoyer à la Chartre d’Amiens votée par la CGT au début du siècle et ensuite abandonnée, et nous faisons le parallèle avec la manière dont JCLD traite dans son livre de l’anarchosyndicalisme. Pedro dira (et il aura évidemment raison), que cela n’a rien à voir avec ce que lui défend aujourd’hui.
 
Mais nous nous autorisons à relever le débat. Nous respectons tout à fait les camarades anarcho-syndicalistes, à la CGT, la CNT ou ailleurs, mais nous ne partageons pas ces convictions. L’anarcho-syndicalisme est une vision du monde qui date du XIXème siècle, un peu délaissée lorsque le mouvement communiste était fort, et qui revient aujourd’hui d’actualité, au vu de l’échec des pays du bloc de l’Est. Nous ne partageons pas cette vision du monde (même si nous respectons les camarades)
  • Nous disons que la société ne peut être changée que par la prise du pouvoir d’Etat et sa transformation par en haut. Faute de quoi, les lois objectives du capitalisme (concurrence, productivité, marché) s’imposeront à la volonté des hommes, même les plus honnêtes d’entre eux. Il faut une dictature pour imposer un monde nouveau, dictature contre la bourgeoisie, évidemment d’un tout autre genre de celle auquel le terme commun fait penser. Cela, les anarcho-syndicalistes ne l’acceptent pas, étant, en général, contre toute état.
  • Nous disons qu’un parti ouvrier d’avant-garde est absolument nécessaire à la classe ouvrière et aux travailleurs, parce que dans la société tout le monde n’est pas à égalité, et qu’il est nécessaire que les militants les plus lucides, les plus expérimentés, les mieux formés, se retrouvent pour proposer (pas imposer, proposer) des solutions aux diverses échéances politiques. Cela, les anarcho-syndicalistes ne l’acceptent pas, étant, par principe contre la notion de parti d’avant-garde.
  • Nous disons que l’échec de la révolution russe, comme de la révolution chinoise n’a rien à voir avec une quelconque faillite de la gestion par l’Etat, mais avec la nature de cet Etat, prétendument socialiste, en fait capitaliste d’Etat. Pour les anarcho-syndicalistes, il faut immédiatement détruire l’Etat, développer l’autogestion, et nous ne sommes pas d’accord, car la société doit être transformée par en haut, par une vision d’ensemble et ne peut pas être changé petit bout par petit bout, au risque de relancer la concurrence, base du capitalisme, entre collectifs et intérêts particuliers (c’est l’exemple de l’autogestion en Yougoslavie dans les années 50)
Sur tous ces volets, il y a un bilan de l’histoire à faire, critique et autocritique, nous en convenons. Nous avons d’ailleurs pour notre part accumulé de nombreux éléments pour avancer et tous les lecteurs peuvent prendre contact avec nous pour en savoir plus.
 
Nous ne sommes pas d’accord avec la Chartre d’Amiens, qui revendique l’indépendance du domaine syndical du domaine politique. Il n’y a aucune indépendance possible, dans le monde dans lequel on vit, il n’y a qu’un champ d’activité différent. Ce que nous reprochons, ce n’est pas que le PCF soit à la direction de la CGT, ouvertement, c’est que le PCF soit un parti social-démocrate depuis belle lurette (nous, pour notre part, affirmons depuis notre création dans les années 1975/1980 que c’est le cas depuis les années 1930…). Nous disons que les militants politiques révolutionnaires ont toute leur place dans le syndicat, en toute clarté, pour faire leurs propositions, pour apporter leur vision de l’histoire, de l’économie, de la politique, qui permet d’y voir le plus clair possible dans l’affrontement capital/travail. Cela ne nous gêne pas qu’un dirigeant syndical (de la CGT par exemple) se retrouve au Comité Central d’un parti, si c’est un dirigeant reconnu, respecté, et apprécié.
Le syndicat (et la CGT dans ses statuts, d’ailleurs) a vocation à être une organisation de classe et de masse, à regrouper le plus largement possible les exploités, quelles que soient leurs opinions par ailleurs, sur une orientation claire d’affrontement à l’exploitation capitaliste sous tous ses aspects. En ce sens, ses ambitions sont vastes, mais nécessairement plus limitées que celles d’un parti politique. La vision anarcho-syndicaliste conduit soit à réduire le syndicat aux seuls convaincus de l’entièreté de l’orientation, soit à la direction occulte d’un petit groupe de dirigeants non identifiés, et donc non contrôlables.
Quant à l'acceptation des tendances dans le syndicat, nous ne sommes pas sûrs d'être d'accord, même si aujourd'hui nous faisons partie d'une l'ultra-minorité. L'exemple des tendances à la FSU nous conduit à penser que cela mène en fait à la constitution de plusieurs syndicats en un et à abandonner la lutte politique et le travail unitaire. Enfin, cela dit, le débat peut se poursuivre sur la question, mais pour nous c'est une évidence qui n'en est pas une...
 
Pourquoi faisons-nous le parallèle entre la pensée de JCLD et l’anarchosyndicalisme ?
Cela peut paraître surprenant chez quelqu’un qui a fait partie du Comité Central du PCF pendant de nombreuses années. Mais toute l’évolution de JCLD qui transparaît dans son livre montre son rejet des partis politiques et de la gestion par l’Etat. Il s’agit bien entendu d’une évolution tout à fait réformiste, mais quand même sur une base anarcho-syndicaliste, qui transparaît tout au long de son livre.
 
Pedro nous dira peut-être qu’il existe un courant de classe et un courant réformiste chez les anarcho-syndicaliste. C’est tout à fait vraisemblable. Il n’en reste pas moins que le parallèle avec la pensée de JCLD reste tout à fait pertinent…
Néanmoins, pour faire bref et conclure quand même, dans la période actuelle et avec des anarcho-syndicalistes comme Pedro ou des tas d’autres, nous avons tout à partager, nous avons un combat en commun à mener, pour le 48ème Congrès de la CGT dans le cas présent, et la division n’a aucun sens !

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Publié par Où va la CGT ? - dans Les sujets qui fâchent
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