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28 février 2008 4 28 /02 /février /2008 16:05
Jeudi 28 février 2008
AREVA Montrouge : défendre l'emploi, mais pas n'importe comment !

Le groupe AREVA, premier monopole nucléaire mondial (quand même !), poursuit ses restructurations. Au moment où la société publie des résultats financiers extrêmement satisfaisants pour l'année 2007, elle a annoncé la fermeture de l'usine de Montrouge, où il reste 89 emplois. Avec bien sûr toutes les conséquences en matière de sous-traitance et d'impact sur la vie locale.

undefinedLa lutte pour l'emploi est une lutte difficile, car elle se heurte directement aux grands enjeux de la guerre économique mondiale. Comment comprendre qu'une entreprise qui fasse d'énormes bénéfices puisse néanmoins licencier ? N'est-il pas possible d'imaginer un capitalisme à visage humain, qui tienne compte de ses salariés ? C'est une conception à courte vue.
Le capital raisonne à l'échelle de la planète (encore plus pour un groupe comme AREVA), et de l'évolution des marchés. Poussé par la concurrence, il se transforme, évolue, selon le seul critère du taux de profit, c'est à dire de la rentabilité du capital. Et s'il ne procédait pas ainsi, les actionnaires iraient chercher mieux ailleurs, chez un concurrent qui saurait "mieux" exploiter les travailleurs et en tirer une rentabilité meilleure. Il s'agit là de l'illustration de la fusion du capital industriel et du capital financier, ce que Lénine a appelé l'impérialisme au début du XXème siècle. AREVA est un
groupe impérialiste, qui agit comme un groupe impérialiste, qu'il s'agisse d'une entreprise publique, privée ou nationalisée. AREVA peut être propriété d'état à 90%, cela ne change rien à l'affaire !

Voilà donc l'ennemi. Celui auquel sont confrontés les camarades de Montrouge, celui qu'ont affronté les camarades de Saint-Ouen et bien d'autres lors de la fermeture de leur usine.
Dans ce combat pour l'emploi, rien ne sert de pleurnicher sur le "méchant" capitalisme qui nous réduit à la misère. Arcelor Mittal à Gandrange, Kléber à Toul, Miko à Saint-Dizier, c'est la loi du capital, une vague de restructuration après l'autre.
Les ouvriers, les exploités en général, n'ont aucune prise sur ce monde qui n'est pas le leur. Il ne sert à rien d'en appeler à un capitalisme à visage humain, à un peu de démocratie dans un paysage de dictature. Nous devons chercher bien autre chose qu'un capitalisme aménagé, mais une société qui fonctionne sur la coopération et non la concurrence, sur le collectif et non l'individualisme, sur la satisfaction des besoins et non sur le profit.
Dans leur lutte, et en particulier la difficile lutte pour l'emploi, c'est cela que nous mettons en avant.

On se bat pour l'emploi, et rien d'autre : "Zéro licenciement !"

On se bat pour nos intérêts d'ouvriers et d'exploités, sans nous lier les mains à la marche du capital et à une éventuelle bonne santé de l'entreprise. Que se passera-t-il le jour où celle-ci ira mal, ébranlée par le concurrent dans le Monopoly mondial ? Devrions-nous accepter alors notre sort sans broncher, accdepter de travailler plus pour gagner moins, ou aller pointer au chômage résignés ? Devons-nous pleurnicher quelques miettes pour faire passer la pilule ?

Mais nous n'acceptons pas ces règles d'un jeu qui n'est pas le nôtre !

Notre force, c'est notre détermination, l'arme de la grève et du rapport de force, de l'occupation, de la séquestration (comme à Kléber  à Toul), la menace (comme à Metaleurope), l'arme de l'appel à la solidarité de nos frères exploités dans tous les environs (comme durant la grève de PSA), l'arme de la contre-information. C'est ainsi qu'on peut faire plier le patron, dans un bras de fer déterminé. Que l'on peut gagner le maintien de l'emploi, de tous les emplois en particulier ouvriers, d'éviter le chômage.
Et si par malheur on ne gagne pas ce combat, c'est encore comme cela qu'on aura le plus gagné : à Kléber, cinq jours de séquestration de deux cadres dirigeants ont comme par hasard fait passer la prime de licenciement de 2000 à 2400 € par année d'ancienneté !

Aussi, quand on voit la position de la CGT AREVA de Montrouge, on ne peut que pleurer devant la décadence du syndicalisme. Nous en extrayons la partie suivante
(tract complet en lien) :

Monsieur le Président de la République, nous faisons appel à vous à plus d’un titre :
  • Parce que, lors de vos récents déplacements, vous avez grandement aidé AREVA à remporter d'importants contrats,
  • Parce que le groupe AREVA est constitué à plus de 90% de capitaux publics et qu’à ce titre, vous, la plus haute Autorité de l’Etat, avez votre mot à dire,
  • Parce que la viabilité de notre entreprise a été démontrée dans le rapport du cabinet d'expertise comptable SECAFI ALPHA,
  • Parce que, l'ancien Président du Conseil Général des Hauts-de-Seine que vous avez été, a certainement conservé quelque attachement pour ce département.
C’est pour toutes ces raisons, Monsieur le Président de la République, que les 89 salariés de l’usine AREVA, leurs familles et les habitants de Montrouge, vous prient d'agir auprès de la Direction d'AREVA pour infléchir leur décision de fermeture en vue du maintien du site de Montrouge et de ces 89 emplois, portant ainsi un coup d’arrêt à la désindustrialisation du département.
Nous ne doutons pas de l’intérêt que vous porterez à notre courrier et nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre profond respect.
L'Assemblée Générale des salariés d'AREVA T&D Montrouge.
Le Syndicat CGT AREVA T&D Montrouge


Voilà une lettre ouverte à Sarkozy, honteusement lamentable. Déjà le principe : en appeler à Sarkozy, en lui donnant du "profond respect" et en fayotant à mort... Mais que croyez-vousque représente Sarkozy ? L'ami des pauvres et des travailleurs ? Ca, c'est bon pour la télé ! Sarko, c'est le représentant du Medef, des grands monopoles impérialistes (dont AREVA), rien d'autre. Ensuite, cet appel s'appuie justement sur ce caractère impérialiste du groupe AREVA (les grands contrats remportés...) pour revendiquer le maintien de l'emploi. au lieu de se  battre en toute indépendance, sur nos intérêts d'ouvriers, on se livre pieds et poings liés au capital.
AREVA, c'est un requin au Niger (pour l'uranium), en Chine ou en France. Demandez donc à nos camarades de Saint-Ouen dont l'usine vient de fermer ce qu'ils en pensent !

Quant à l'aval de l'assemblée des salariés, c'est lamentable. C'est d'abord le signe du désespoir de travailleurs acculés, menacés par le chômage, prêts à tout tenter pour sauver leur emploi. Cela, on ne peut pas le reprocher, c'est humain. Mais une telle motion est aussi la marque de l'absence de syndicaliste de classe dans cette usine, capable de mobiliser, d'expliquer, d'éclairer les enjeux car jamais un tel document n'aurait dû passer ! Et enfin bien sûr, c'est la marque de la décadence réformiste de la CGT de l'usine (qui a proposé ce document), à l'image de la Confédération.

Il y a encore du chemin à faire. Voilà en tous les cas l'exemple à ne pas suivre, à populariser (en négatif), à débattre, pour dégager la voie du syndicalisme de classe sur ce terrain difficile de la lutte contre les licenciements !

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Publié par Où va la CGT ? - dans Les sujets qui fâchent
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