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1 janvier 2006 7 01 /01 /janvier /2006 16:46



Pour commencer cette nouvelle année, voilà le « Rapport d'activité » qui vient de tomber dans les bacs comme on dit, avec la publication de ce document dans le Peuple du 21
Décembre. Il a été mis en ligne le 3 janvier, ici. Le blog « Où va la CGT ? » a été  heureux de vous l’offrir au téléchargement direct en .pdf un peu à l'avance, sous une forme allégée (130 ko, click droit + enregistrer la cible sur le bouton ci-contre, c'est parfois un peu lent), pour toutes celles et ceux qui n’auraient pas accès au Peuple.

Et comme nous ne reculons devant aucun sacrifice, nous livrons aux lecteurs quelques remarques rapides à partir d’une première lecture. A chacune et chacun de compléter cette ébauche pour élaborer un document plus complet, et donc forcément plus incisif.

La première partie du document traite des mouvements sociaux ayant eu lieu depuis le 47ème Congrès.

Retraites 2003, Sécu 2004, éducation, recherche, intermittents, recalculés, privatisations, journées d’action de 2005 sont abordés plus que rapidement, en tous les cas en escamotant les problèmes. Il est certes reconnu que ces mouvements grévistes n’ont pour l’essentiel pas atteint leur objectif. Mais avec une absence de véritable interrogation qui nous réduit à l’impuissance. Ainsi, sur la Sécu, la mobilisation a été affaiblie par l’argumentaire confédéral répété jour après jour comme quoi « il était vrai qu’il y avait un problème de financement », qu’il fallait être réaliste et responsable etc. Bien entendu, vous n’en lirez pas un mot dans le rapport !

C’est sur les retraites que l’analyse est la plus détaillée. Il est affirmé que malgré « la détermination totale de la CGT », le mouvement a échoué pour trois raisons :

-      La mobilisation insuffisante à l’intérieur de la CGT ( ???)

-      La rupture de l’unité syndicale par la CFDT le 15 mai, qui a « cassé la dynamique ». Ce qui tendrait à dire [interprétation sûrement malintentionnée de « Où va la CGT ? »] que sans les autres syndicats on ne peut rien faire, et donc, par voie de conséquence il faut éviter tout ce qui pourrait conduire à la rupture, et donc finalement qu’on est contraint de s’aligner sur eux.
Pourtant, il est affirmé sans craindre la contradiction que les manifestations qui ont suivi ont été des succès ! C’est le moins qu’on puisse dire. Nous avons tous en mémoire les manifestations gigantesques du 26 mai (après la rupture de l’unité syndicale, donc). Nous avons tous en tête l’attente des salariés du privé et du public au soir de cette journée historique. Et là, rien. Deux semaines plus tard, une manif enterrement le 10 juin, histoire de finir de dégoûter toutes celles et ceux qui s’étaient battus pour l’élargissement du conflit.
Le rapport aborde le débat sur « la grève générale », assez chaud à l'époque, mais pour l’enterrer d’un revers de manche en une demi ligne, « la grève générale ça ne se décrète pas ». Bien sûr camarades ! Mais on y travaille ou on n’y travaille pas ! Et là, en cette fin du mois de mai 2003, les conditions étaient réunies pour avancer, et on a choisi d'enterrer la lutte. Sans aucun doute, la direction confédérale a eu peur du mouvement, de son élargissement et de sa radicalisation, a eu peur de prendre ses responsabilités. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que cette peur n’est pas le fruit d’un manque de combativité, mais d’un alignement grossier sur les positions de la gauche traditionnelle. Qui ne se souvient pas des déclarations de Le Duigou affirmant implicitement que le mouvement devait s’arrêter faute d’alternative politique à la droite ?

-      Enfin, troisième raison avancée à l’échec du mouvement, la différence de mobilisation entre le public et le privé. L’argument n’est pas faux, tous les militantes et militants du privé se souviennent de la difficulté à convaincre, mobiliser, participer aux actions. Il est rappelé à juste titre qu’en 1993 le passage aux 40 ans de cotisations pour le privé était passé sans vagues, et que cela avait pesé.
Mais une ne nouvelle fois, on retrouve dans ce rapport l’affirmation honteuse comme quoi la « CGT aurait été la seule à réagir à l’époque ». Tiens donc, aucun souvenir parmi nous tous… La mesure est en fait passée subrepticement durant l’été, et il n’y a eu aucune réaction, ni avant, ni après l’été. Si la CGT a réagi, c’est sûrement seulement par un communiqué de presse… Comment on ré-écrit l'histoire, en s'appuyant sur la mémoire courte !
Par ailleurs, le rapport escamote purement et simplement les contradictions qu’il y a eu à ce propos au sein de la CGT lors du conflit de 2003, en particulier par rapport au privé : la confédé a refusé d’avancer le retour aux 37,5 années de cotisations pour le privé (pour ne pas rompre « l’unité syndicale » ???), alors que de nombreux syndicats et structures (par exemple l’UD 93) le mettaient en avant. Cela s’est par exemple matérialisé par des pétitions différentes selon les endroits. Imaginez un peu comment mobiliser le privé dans ces conditions ?
Poursuivons en élargissant : lorsqu’il y a eu des conflits importants dans le privé, qu’a fait la Confédé pour populariser, organiser le soutien, élargir ? Nous n’aurons pas la cruauté de rappeler l’attitude de la direction confédérale vis-à-vis de la SNCM, ni le silence après 45 jours de grève à la RTM (même pas d’appel confédéral à la collecte de soutien, il fallait téléphoner à Marseille pour savoir où envoyer les sous !). Nous pourrions rappeler le silence complet autour de la condamnation de Kamel Belkadi à Longwy, après une dure lutte contre les licenciements à Daewoo, dans un contexte ultra symbolique contre un patron guerrier du capitalisme mondial, et malgré un travail exemplaire de l’Union Locale CGT de Longwy. Les exemples pourraient être multipliés : quand il y a lutte sérieuse dans le privé (autre exemple Nestlé à Marseille), il n’y a jamais aucun effort de popularisation au-delà des structures strictement locales ou régionales. Eh, camarades, vous imaginez comment la popularisation de « l’idée » de la grève générale, si on cantonne les luttes aux particularités d’entreprise ou de région ? Ca va venir d’où la généralisation des luttes ?

Cette première partie se conclut sur les deux revendications phare de la CGT, le Nouveau Statut du Travail Salarié (NSTS) et la Sécurité Sociale Professionnelle, dont il est affirmé qu’elles progressent en popularité. On notera qu’en fait l’argumentaire traite exclusivement du NSTS beaucoup plus consensuel, et pas du tout de la Sécurité Sociale Professionnelle dont on a montré ici toutes les ambiguïtés réformistes…

Enfin, en quelques lignes le rapport aborde le débat sur la « politique industrielle » et les revendications de la CGT à ce propos, dont le moins qu’on puisse dire est qu’elles sont engluées dans la cogestion capitaliste et les contre-plans pour montrer aux patrons qu’ils sont en fait de mauvais gestionnaires. Nous renvoyons à ce propos à d’autres documents de ce blog.


La deuxième partie du document est bizarre. Elle traite du « renouveau du syndicalisme », mais consacre une large partie à la Constitution Européenne. Il semble que selon la direction confédérale, les problèmes autour du référendum du 29 mai dans la CGT soient exclusivement du domaine de la démocratie syndicale. Comme s’il n’y avait pas de désaccord de fond sur la question ! Comme si une partie de la direction confédérale n’avait pas ouvertement fait campagne pour le OUI (Le Duigou par exemple, dans son club patronal « Confrontations ») !

D’ailleurs, toute cette partie est d’une « langue de bois », mortel ! Jamais les mots OUI, et NON ne sont prononcés (il faut le faire) ! On utilise des périphrases du style « le débat a fait apparaître des différences d’appréciation tant sur le débat en cours dans les organisations que sur la nature du positionnement à prendre par la CGT à l’occasion du référendum ». Grave, non ? Il n’est nulle part dit que le CCN a désavoué la CE en février. En gros, la seule remarque, c’est qu’il y a eu des « problèmes de fonctionnement déjà identifiés à l’occasion d’autres débats »… Qu’il y ait des désaccords dans la CGT sur la nature du capitalisme, son évolution au sein de l’Europe, sur la mondialisation et la guerre économique, sur la stratégie syndicale dans ce contexte, rien, silence radio. Et on se permet de faire des discours ensuite sur la démocratie… A ce qu’on sait, la démocratie, ça commence par la reconnaissance des contradictions, non ?

C’est absolument désolant, et ne montre qu’une chose : au-delà du discours, la direction confédérale ne cherche qu’à maintenir son orientation contre vents et marées, y compris contre l’avis des militants.


La troisième partie traite de la démocratie syndicale. Intéressant après tout ce qui vient d’être dit. Il est affirmé un certain nombre de principes justes : la consultation des syndiqués, des salariés avant tout accord professionnel. Nous partageons. Mais quand on dit que « chaque syndiqué doit être propriétaire de son organisation », il faut aller jusqu’au bout et arrêter les manipulations.

Ainsi le questionnaire CGT/CSA que nous devons remplir en ce moment. Les questions les plus sensibles sont manipulées, à l’exemple de celle (N°21) où l'on demande de savoir si être "constructif", "réaliste", "capable de proposition" etc. correspondait "bien" ou pas bien" à l'attitude de la CGT... sans pouvoir juger le contenu même de ces formules ! Car au fond, on peut être en désaccord avec le réalisme de la CGT, tout en jugeant que cela correspond bien à son attitude ! Et vive la magouille !
Il y a quelques années, la démocratie dans la CGT, c’était « Ferme ta gueule ! ». Aujourd’hui, et heureusement, les choses ont bien changé. Mais c’est devenu « Cause toujours ». On ne retient de la consultation que ce qui intéresse et justifie l’orientation de la direction. Tout ce qui gêne est raboté, censuré, déformé, éliminé.
Enfin, le rapport multiplie sous forme d'évidence des allusions à des évolutions prévues encore confidentielles pour mieux les faire accepter dans le futur. Ainsi, la référence à plusieurs reprises aux fédérations "industrielles", aux initiatives de "l'industrie" etc... dans la droite ligne du projet encore confidentiel d'évolution des structures de la CGT, en particulier le regroupement de toutes les fédérations de l'Industrie en une fédération unique. Ce qui a pour objectif de s'aligner sur la structuration de la CES, et surtout pour conséquence de marginaliser encore un peu plus les ouvriers dans la confédération.


Quoi d’étonnant à ce qu’on constate partout un repli localiste ? De son propre aveu, la Direction n’arrive plus à trouver de candidats en nombre suffisant. Le rapport d’activité nous informe que l’exercice blanc pour le nouveau système de cotisation est un échec complet, seul 761 syndicats ont participé ! Les syndicats se replient sur le local, l’entreprise, les DP et le CE, abandonnent tout débat d’orientation au risque de déraper sur des positions qui craignent, FN y compris. « Il reste des efforts à conduire » pour transformer les directions syndicales, c’est le moins qu’on puisse dire ! Cela devrait peut-être commencer par une véritable démocratie interne, ce qui rendrait parfaitement inutile un blog comme celui-ci !

Les opposants éparpillés doivent rompre avec le découragement, avec l’isolement. La direction ne cherche que cela pour maintenir son orientation. Contrairement aux apparences, nous allons tout droit vers une bureaucratisation renforcée.

Camarades !

L’équipe du blog « Où va la CGT ? » vous appelle à prendre en main collectivement le débat autour de ce rapport d’activité. Discutons-en dans nos syndicats, nos UL, nos assemblées départementales ou fédérales. Faites vos remarques et commentaires sur ce blog.

Avec cette nouvelle année, la préparation du 48ème Congrès rentre dans une nouvelle phase, soyons acteurs de notre vie syndicale (pour reprendre les belles formules du discours traditionnel) !!

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commentaires

J
ou va la CGT ? Dans le mur, et les ouvriers avec.<br /> pas d'idée, pas de négociation, 50 ans de politique du NON a tout changement.<br /> Super syndicat !!!!<br /> Vivement que les statuts des comités ministériels, interministériels soient changés, pour que la CGT n'en fasse plus parti<br />  
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Y
Les candidats d'origine de la classe ouvriere immigrée sont rares à la CE résultats d'années de fabriquons français et de défense de l'entreprise ou les immigrés sont les premiers licenciées. Mohammed Oussedik membre de l'actuelle CE vient de rappeler qu'au moment de la consigne de vote pour Chirac en 2002, ce qui a bloqué pour certains miitants et qui les mettais mal à l'aise c'est qu'il avaient voté Le Pen et que sur la crise des banlieues si la CGT avait analysé de façon juste le mal comme social, mais q'une partie de nos militants ont eu des difficultés à aller expliquer cette position à des salariés qui tenaient des propos racistes, on retrouvera ses propos dans le Monde du 8 décembre. Si les travailleurs d'origine immigrée anniment les conflits, ce que Thibault reconnait, on les voit peu aux postes de directions de la CGT. Pourtant la classe ouvriére est multiculturelle depuis longtemps, c'est vrai aussi que peu d'entre eux ont accés à la fonction publique grosse pourvoyeuse de permanents. Alors, est ce qu'il faut des cotas comme le veut la direction de la CE ou plus d'ouvriers à la direction de la CGT, ce qui veut dire aussi plus d'ouvriers issus de l'immigration pour réellement nous représenter?
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