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15 décembre 2007 6 15 /12 /décembre /2007 17:55
Dimanche 16 Décembre 2007
Aciérie Thyssen-Krupp de Turin : 7 ouvriers ont été la proie des flammes

Nous reproduisons ci-dessous un article trouvé sur un site lyonnais. Article lui-même très probablement traduit de la presse militante italienne. [Mise à jour 21/12 : article de la revue "Il Comunista" N°105 - PCI bordighiste, du 8 décembre.]
Au delà de la tragédie criminelle provoquée par le capital, cet article montre les conséquences du syndicalisme réformiste, de l'acceptation de la précarité, de la flexibilité, des heures supplémentaires. Bien sûr jureront la main sur le coeur tous nos dirigeants confédéraux, nous ne rentrerons pas sur ce terrain. Mais à l'heure où la flexisécurité va être validée et développée courant 2008 dans notre pays, on est amené, quelque part, à prendre de la graine de ce qui se passe chez nos voisins très proches !


arton4758.jpgDurant la nuit du jeudi 6 décembre 2007, un énième "accident du travail" aux aciéries Thyssen Krupp de Turin a frappé 7 familles prolétariennes : 7 ouvriers ont été la proie des flammes dans un secteur où les coulées de métal sont refroidies par un bain d’huile. Antonio Schiavone, 36 ans, marié et père de 3 enfants meurt carbonisé immédiatement, tandis que 3 autres ouvriers décèdent quelques jours plus tard, les autres étant toujours dans un état critique. Assez de morts au travail ! Assez d’assassinats légaux !

Thyssen Krupp avait décidé de fermer ses aciéries de Turin en juin 2008, mais la soif de profit capitaliste ne se tarit jamais : l’exploitation des équipements et des ouvriers doit continuer jusqu’à la dernière minute. On y travaille 24 heures sur 24 en trois équipes. De plus, pour répondre à la demande, les patrons obligent le personnel à faire des heures supplémentaires.

Thyssen.jpgLes ouvriers morts ou gravement blessés le 6 décembre avaient déjà fait leurs 8 heures et étaient en train de faire 4 heures supplémentaires, de nuit en outre : 12 heures de travail consécutives au total et dans des conditions de travail exténuantes ! Et celui qui refusait les heures supplémentaires était immédiatement licencié ! Les 200 ouvriers devaient réaliser le volume de production réalisé autrefois par 380, et en beaucoup moins de temps !

Le chantage à l’emploi est la règle pour les capitalistes qui exploitent au maximum les travailleurs et les équipements ; c’est pourquoi l’entretien des machines (et par conséquent la protection et la santé des femmes et des hommes qui les opèrent) laisse toujours à désirer, quand il n’est pas tout simplement absent. Tous les "accidents du travail" révèlent régulièrement qu’ils sont causés par les insuffisances des systèmes de sécurité et de l’entretien des machines (pour des raisons de coût !), sans parler des mauvaises conditions générales de travail.

Il est de règle que face aux centaines de victimes d’ "accidents du travail" qui signent la course capitaliste au profit, c’est un rideau de silence qui répond de la part des médias comme des autorités ; et quant à la responsabilité des entreprises, la Justice répond par des amnisties ou des procédures interminables.

Mais devant des "accidents" dus à des conditions de travail particulièrement désastreuses, les grands responsables politiques ou institutionnels comprennent qu’il est parfois nécessaire pour calmer les foules endeuillées de faire des déclarations montrant leur souci de la sécurité et de la santé des travailleurs : "La sécurité au travail est notre priorité !", "les lois doivent être respectées !" "les contrôles doivent être renforcés !" pour finir par l’habituelle admonestation : "les ouvriers devraient faire plus attention !"

Compagnons, prolétaires !

Ce ne sont pas les méthodes des syndicalistes collaborationnistes ou des organismes officiels qui obligeront les capitalistes à appliquer les mesures de sécurité sur le lieu du travail, à procéder à l’entretien régulier des machines et des équipements. La seule solution est la lutte ouverte au moindre incident parce qu’il ne faut pas seulement lutter pour le salaire, mais aussi pour sauver sa vie ! Il ne faut pas compter sur les bureaux et les institutions chargées de la sécurité qui n’ont jamais produit aucune amélioration des conditions de travail des ouvriers. Les accidents du travail et les morts augmentent d’année en année. C’est une véritable guerre, comme le disent même les plumitifs bourgeois. Les ouvriers qui ne craignent pas de travailler 12 heures par jour, dans une chaleur très élevée, soumis à des efforts physiques ou nerveux inhumains, et qui "s’en sortent" jour après jour, doivent ouvrir les yeux sur une exploitation qui n’a comme conséquence que l’alternative de se tuer au boulot ou de crever de pauvreté parce qu’on n’a pas de travail !

La pression capitaliste est encore plus forte quand les travailleurs sont divisés et désorientés jusque dans leurs. Cette pression des capitalistes sur les salaires et l’emploi, appuyée par les accords signés par les syndicats collaborationnistes sur les heures supplémentaires, sur la flexibilité, sur la précarité, est d’autant plus forte que les travailleurs continuent à déléguer à ces mêmes syndicats collaborationnistes la défense de leurs conditions de vie et de travail

Ouvriers et ouvrières, révoltons-nous !

Il n’est pas possible de continuer à crever ou à rester invalides pour engraisser les capitalistes ! Il faut reprendre en mains nos propres luttes, organiser des assemblées pour discuter exclusivement de la défense des conditions de vie et de travail des ouvriers !

À chaque accident du travail, grève immédiate jusqu’à ce qu’aient été résolues les causes de cet accident ! Et si un travailleur meurt au travail, grève générale ! Quand un travailleur est tué par la faute des capitalistes, tous les capitalistes sont responsables, et la grève donc les frapper tous !Basta.jpg

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Publié par Où va la CGT ? - dans International
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roberto 14/09/2011 15:09


Italie : la grève nationale du 6 septembre et son contexte

La situation sociale italienne est marquée, comme dans tous les pays européens, par des attaques frontales fortes de la classe possédante
envers les travailleurs/ses. Les syndicats membres de la C.E.S. (CGIL, CISL, UIL) sont entrés dans un système d’accords nationaux avec le
patronat, qui marquent à chaque fois une régression sociale.

C’est ainsi que le 28 juin, ces trois confédérations ont signé un accord très dangereux. Celui-ci légitime le
coup de force qu’avait réalisé la direction de Fiat en imposant aux salarié-e-s de son usine historique de
Turin, à travers un référendum, de graves détériorations de leurs conditions de travail suite à un chantage
à la délocalisation. Ce contournement de la législation sociale italienne avait été repoussé par une
majorité des salarié-e-s travaillant à la production, mais validé grâce au consentement d’une forte
majorité des administratifs et de l’encadrement. Outre les « syndicats de base », la fédération de la
métallurgie de la CGIL (FIOM/CGIL) avait combattu le projet patronal.

L’accord signé par les confédérations CGIL, CISL, UIL, désavoue les « syndicats de base » et la
FIOM, et remet fondamentalement en cause le droit social italien. Désormais, un accord
d’entreprise pourra exonérer les patrons d’appliquer les mesures du Code du travail prévues pour les
licenciements. Cet accord annule le caractère obligatoire de nombres de normes sociales, si des
conventions collectives nationales de secteur ou des accords locaux d’entreprise le prévoient. Pour
boucler le tout, les organisations syndicales qui ne signeront pas de tels documents seront
considérées comme « non représentatives », avec tout cela comporte en termes de perte de droit
syndical, de droit de négocier, etc.

C’est dans ce contexte qu’intervient le plan de rigueur du gouvernement italien ; il a
provoqué une fracture momentanée entre les confédérations, CISL et UIL considérant
qu’il fallait attendre d’avoir des précisions et « laisser la place au dialogue », tandis que la
CGIL décidait d’appeler à une grève de 24 heures. En Italie, ce qu’on appelle « les
syndicats de base » recouvre un nombre assez important d’organisations, de forces très
différentes. Il y a une tradition d’appel à la grève, y compris nationale, chacune à son tour
sans vraiment rechercher l’unité d’action. C’est une pratique liée à l’histoire de ces
syndicats mais aussi aux conditions d’exercice du droit de grève, considérablement
restreint depuis des années dans la fonction publique, le secteur public, les transports.

Cette fois, un appel unitaire a été lancé par 7 syndicats de base : USB, SLAICOBAS, ORSA, UNICOBAS, SNATER,
SICOBAS, USI. Ensemble, ces organisations syndicales ont décidé d’appeler le même jour que la CGIL, le 6 septembre.
Cette unité d’action est une nouveauté importante ; même si d’autres syndicats de base ont refusé d’appeler (CUB, COBAS)
à la grève le 6 septembre, certains de leurs secteurs régionaux se sont joints au mouvement.

La CGIL fait état de 60% de participation à la grève. Les syndicats de base
mettent en avant le nombre de manifestant-e-s : 20 000 à Rome, 10 000 à Milan,
10 000 à Bologne, 5 000 à Naples, 5 000 à Florence, 2 000 à Turin… Les
manifestations étaient séparées, CGIL d’une part, syndicats « de base » d’autre part.
Les suites sont maintenant à construire : cet appel de la CGIL était-il autre chose
qu’un jeu de rôle entre les trois confédérations ou va-t-il se prolonger par un
mouvement s’opposant réellement au patronat et au gouvernement ? L’unité
d’action construite entre plusieurs « syndicats de base » va-t-elle se poursuivre, se
renforcer ? Comment le lien sera-t-il fait avec les mouvements sociaux sur le
logement, l’immigration ? Quels liens avec le mouvement syndical européen ?
Quelles initiatives communes lors du contre-sommet G20 en novembre ? Beaucoup de questions, qui ne sont d’ailleurs pas
spécifiques à l’Italie, sur lesquelles des organisations syndicales de ce pays ont commencé à travailler …
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