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13 juillet 2007 5 13 /07 /juillet /2007 06:12
Vendredi 13 Juillet 2007
Sarkozy et la Sécurité Sociale Professionnelle

Le nouveau président vient de lancer officiellement le nouveau chantier de la Sécurité Sociale Professionnelle qu’il souhaite mener d’ici 2008. Rappelons que ce n’est pas une découverte pour Sarkozy. Dans une longue interview au journal La Tribune en décembre 2005, il reprenait déjà à son compte la  proposition syndicale (à sa manière bien entendu).
C’est dans la lettre de mission (datée de ce 11 juillet) à Christine Lagarde, ministre de l’économie et des finances et de l’emploi, que le nouveau président donne le cadre :

« Enfin, dans le cadre d’une politique générale qui entend revaloriser profondément le travail, et en liaison ou en complément avec le ministre du Travail, des relations sociales et des solidarités, vous ferez de l’amélioration de la qualité du travail un chantier prioritaire.
Cela concerne d’abord la pénibilité du travail, aussi bien physique que morale. Les négociations en cours avec les partenaires sociaux doivent reprendre et aboutir.
Cela concerne ensuite la qualification des emplois. Dans tous les domaines, la France doit accroître le niveau des qualifications des emplois. Aussi le complément logique et indispensable de la réforme de l’enseignement supérieur actuellement engagée par la ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche est-il la réforme de la formation professionnelle. Nous voulons que chaque Français ait la possibilité, à tout  moment de sa vie professionnelle et en fonction des droits qu’il aura accumulés grâce à son travail, de suivre une formation suffisamment longue pour lui permettre de changer de métier, de filière ou de qualification.
Cela concerne enfin la sécurité des parcours professionnels. Se sentir protégé contre le chômage fait partie de la qualité du travail. A cet effet, en laissant pleinement sa chance au dialogue de concrétiser un accord sur ce point, votre objectif sera la mise en place d’ici 2008 de la sécurité sociale professionnelle. Grâce à une réforme globale du marché du travail, pour un marché du travail plus fluide, et de l’assurance chômage, pour un accompagnement des chômeurs beaucoup plus efficace et incitatif à la reprise du travail, la sécurité sociale professionnelle garantira à chacun le maintien de l’essentiel de sa rémunération en cas de chômage et la perspective de retrouver rapidement un emploi. Parallèlement, vous lutterez contre la précarité du travail. »


Que de bonnes intentions pourrait-on croire ! Que de belles paroles pour endormir des acteurs sociaux et responsables syndicaux avides de négociations et aujourd’hui complètement imprégnés de la logique économique capitaliste.
Le problème, c’est que cette lettre de mission reste soigneusement dans le flou et ne donne aucun contenu aux formules chocs. Tout au plus comprend-on qu’il s’agit de rendre le marché du travail plus fluide, de changer de métier et sans doute de région de travail, d’inciter plus nettement les chômeurs à reprendre du travail (à n’importe quelles conditions très probablement), bref de rendre la main d’œuvre (encore) plus flexible, au plan de la polyvalence et du travail cette fois, après l’être devenue au plan des horaires, de la précarité et du salaire. En ce sens, il y a un lien étroit entre la Sécurité Sociale professionnelle, la précarité généralisée du Contrat de Travail Unique et l’obligation de travail pour les chômeurs du Revenu Social d’Activité.

Comment ne pas faire le parallèle avec les déclarations de la ministre (au Parisien le 2 juillet dernier), où elle plaidait pour « le travail tout au long de la vie » sans limite d’âge pour la retraite :

"La ministre de l'Economie Christine Lagarde annonce lundi que le gouvernement "va défendre toute une panoplie de mesures fiscales pour encourager le travail tout au long de la vie".
Après avoir défendu Guy Roux, Christine Lagarde considère dans "Le Parisien/Aujourd'hui-en-France" qu'"il y a une réflexion à mener dans le cadre de la réforme des retraites prévue en 2008".
"Pourquoi ne pas permettre à ceux qui le veulent de travailler plus longtemps ? Pourquoi s'arrêter à 60 ans voire 65 ans ?", lance la ministre de l'Economie. "Quand les gens sont bons dans leur travail, pourquoi les priver d'exercer leur talent? Le principe du couperet qui voudrait qu'à 65 ans on s'arrête n'est pas une bonne idée. Je lui préfère le principe de la qualité et du mérite"."

On peut donc craindre le pire pour le futur chantier de la Sécurité Sociale Professionnelle. D’autant que le principe de l’échange d’une flexibilité aggravée considérée comme inévitable (du fait de la mondialisation et de la recherche de la compétitivité) contre une petite protection sociale est partagée par tous les syndicats, dont la CGT à l’origine du concept. Dès novembre 2005 nous analysions en ce sens les positions de la CGT sur la Sécurité Sociale Professionnelle : « il faut améliorer les conditions de travail du salarié, au travail, comme contrepartie à la mobilité désormais inévitable du contrat de travail. » abondamment développées dans plusieurs articles signés JC Le Duigou.

Le chantier est annoncé pour 2008. Les négociations avec les syndicats vont commencer à l’automne, avec leurs rideaux de fumée et leur absence de mobilisation. Il faut de notre côté nous préparer au combat et ne pas laisser faire, d’autant que la Confédération met le paquet en ce moment pour préparer les esprits à accepter cette flexibilité, en multipliant journées de formation et documents aux militants (voir ici le dossier sur le sujet, nous y reviendrons).

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