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24 septembre 2026 4 24 /09 /septembre /2026 08:04

Jeudi 24 Septembre 2026

Encore deux nouveaux rapports officiels qui montrent de manière crue les conditions de l’exploitation ouvrière

 

En juin dernier, nous publiions un article (« Quand les statistiques du gouvernement dévoilent la vie de l’ouvrier.e »)  sur les statistiques gouvernementales concernant le temps de travail, sa durée, ses variations. Et nous en tirions la conclusion que celles et ceux qui en parlent le mieux, au final, ce sont nos exploiteurs…

Continuons l’exercice puisque les bourgeois aiment bien savoir où ils en sont et tiennent des comptes réguliers et assez fiables – en tous les cas, on reconnaît notre vie. Deux nouveaux rapports sont particulièrement éclairants.


En juillet, la DARES (statistiques publiques du monde du travail) a publié un rapport annuel intitulé « Quels salariés sont le plus souvent victimes d’accident du travail en 2023 ? » (voir le rapport complet ci-contre).

On y lit :

« En 2023, 668 510 accidents du travail avec au moins un jour d’arrêt sont comptabilisés en France. Cela représente 16,4 accidents par million d’heures rémunérées. La durée cumulée des arrêts de travail occasionnés par des accidents du travail équivaut à près de 160 000 emplois non travaillés, en équivalent temps plein. 40 531 accidents du travail donnent lieu à la reconnaissance d’une incapacité permanente partielle et 818 sont mortels.

Le risque d’accident du travail est plus élevé dans l’intérim, l’action sociale, la construction, le transport-entreposage et l’agriculture. Plus particulièrement, dans les activités agricoles et forestières, l’aménagement paysager, le travail du bois, les activités sportives ou encore l’action sociale pour personnes âgées ou handicapées, les accidents sont à la fois plus fréquents et plus graves que la moyenne.

Les accidents du travail deviennent moins fréquents avec l’âge, mais ils s’aggravent. Si les hommes sont plus touchés que les femmes, cette différence s’amenuise avec l’âge ».

 

Pas de vraie surprise dans les résultats.

  • Ce qu’il faudrait rajouter, c’est que le nombre de morts au travail (sans les trajets, et tous régimes confondus) ne baisse pas vraiment : 861 en 2019, avant le COVID, 903 en 2022, 818 en 2023. Et au niveau européen, la France reste le pays où le taux de morts au travail est le plus élevé, le double de la moyenne européenne, relativement à la population.
  • Les secteurs les plus impactés sont la construction, l’agriculture, la manutention et le transport, l’intérim, suivis de près par l’industrie manufacturière non citée. Pas de surprise, ce sont les secteurs les moins protégés, avec un fort taux de sans-papiers, des petites ou moyennes entreprises esclavagistes et un solide mépris pour les règles du Code du travail.
  • Il y a plus d’accidents du travail chez les jeunes, mais ils sont plus graves chez les anciens. Evidemment, quand on a un peu d’expérience on sait éviter certaines situations à risques, par contre on est déjà usés par le travail, les accidents sont plus graves : TMS par exemple.
  • On n’a pas de distinction suivant les catégories socio-professionnelles, et c’est bien dommage. Ce qui est sûr, c’est que ce sont les prolétaires les premières victimes, soit ouvrières et ouvriers de l’industrie, de l’agriculture, de la construction, de la logistique et des transports, soit travailleur.se.s exposé.e.s des services dans la santé par exemple.

Ce n’est pas le travail qui tue ou qui détruit, c’est l’exploitation capitaliste, les cadences, les conditions de travail, les toxiques, les gestes répétitifs…

D’où l’enjeu de la mobilisation autour de toutes les questions de la pénibilité, complètement occultées par la CGT au niveau central. Heureusement que certaines structures continuent à en parler dans leur secteur !!!


Poursuivons avec un autre rapport officiel, celui de l’ANSES, Agence Nationale de Sécurité Sanitaire (liée à la CFTC), paru le 25 août, sur l’effet des horaires atypiques de travail sur la santé et la vie sociale et familiale.

Rapport d’expertise très technique et fouillé (554 pages !!! ci-contre pour celles et ceux qui veulent vraiment s’y plonger), mais dont on peut extraire quelques conclusions :

  • Travail le Week-End : la moitié de la population active travaille durant un WE par an, un tiers travaille lors de 11 WE par an, et 14% travaille lors de 41 WE (samedi ou dimanche), c’est-à-dire de manière habituelle.
  • Horaires longs ou pauses courtes : un tiers des actifs occupés n’ont qu’une pause maximale de 30 minutes, un quart n’ont qu’une pause maximale de 60 minutes. Ce sont des longues journées de travail
  • Horaires décalés : 46% de la population active est exposée aux horaires décalés, soit travail posté en 2x8, soit décalé le matin, soit le soir ou les deux en même temps. Mais le travail de nuit est exclu de l’analyse (on se demande bien pourquoi, 11% de la population active travaille une fois la nuit sur un mois, voir article précédent…)

Si on combine les indicateurs, entre la moitié et les trois quarts des actifs occupés sont concernés par les horaires atypiques, souvent de plusieurs manières différentes.

 

Tout cela, ce qui nous apparaît évident, c’est ce qu’on appelle la flexibilité : l’adaptation des horaires de travail aux exigences de la production, de plus en plus loin de la santé et de la vie sociale des prolétaires.

 

Petit rappel historique : la flexibilité est apparue à la fin des années 70, avec les premiers effets de la crise mondiale du capitalisme. Les exploiteurs recherchaient tous les moyens d’augmenter la productivité du travail, pour faire face à la concurrence exacerbée sur le marché mondial. En permettant la suppression des « temps morts », la flexibilité permettait de considérablement augmenter l’exploitation des travailleurs. D’un autre côté, c’est à la même époque que se sont répandus l’intérim et les CDD, la précarité qu’on peut qualifier de « flexibilité externe », quelque part.

C’est sous Giscard, en 1979/1980 qu’a été élaboré le rapport Giraudet, premier document qui argumentait l’annualisation du temps de travail (voir un article de novembre 1980 « Aménagement du temps de travail… vers une exploitation accrue »). Pendant 20 ans, tous les gouvernements successifs n’ont cessé de flexibiliser le travail jusqu’aux 35h Aubry de 1998/2000 qui ouvrait toute une série de verrous législatifs, comme par exemple le travail de nuit pour les femmes (voir un autre article de septembre 1999 « Questions et réponses sur les 35h Aubry »). Seule la 5ème équipe dans le travail en continu a été un vrai progrès pour la fatigue des travailleurs.

 

Flexibilité, précarité, pénibilité se sont considérablement aggravées depuis ces années-là, comme leurs conséquences en matière d’accidents et de morts au travail.

C’est ce que montrent tous ces documents gouvernementaux parus ces derniers mois.

 

Cela devrait inspirer nos dirigeants syndicaux, avant tout à la CGT. Pourtant, on se répète, on ne voit rien venir.

Ce sont bien des sujets dont les syndicalistes de classe doivent s’emparer, pour dénoncer, expliquer, revendiquer, mobiliser pour défendre les conditions de travail et la vie des prolétaires !

 

Voir sur ce blog : 
Pénibilité et souffrance au travail, les articles du blog
Précarité et sous-traitance les articles du blog
Flexibilité et temps de travail les articles du blog

 

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