Lundi 25 mai 2026
54ème Congrès : la métallurgie Nord Pas de Calais contre le réformisme
La métallurgie dans le Nord Pas de Calais est un bastion historique de la CGT, avec encore de nombreuses usines de la sidérurgie, de la métallurgie lourde et de la mécanique – Valdunes, Arcelor ou Toyota en sont des exemples. A tel point qu’il y a une « région » métallurgie vivante, regroupant trois USTM.
C’est un bastion historique et très combatif, très « lutte des classes » et opposé à toutes les dérives réformistes de la Confédération. Les plus anciens se rappellent l’épisode du 49ème Congrès, en décembre 2009 avec la candidature de Jean-Pierre Delannoy, justement secrétaire de la région métallurgie, contre Bernard Thibault (voir tous les articles autour du 49ème Congrès ICI). Candidature symbolique, balayée parce que non statutaire, mais symptomatique d’un état d’esprit de classe et assez énervé contre le réformisme de notre direction confédérale. Quelle que chose à voir quelque part avec la candidature Olivier Mateu au dernier congrès de Clermont-Ferrand.
Quoiqu’il en soit, la région métallurgie d’aujourd’hui a publié fin mars une contribution qui mérite d’être connue – elle est restée plutôt confidentielle, nous la publions ci-contre.
C’est un texte court, qui n’est pas détaillé, mais clair et net :
- Il faut renouer avec un syndicalisme de classe et de masse (sous-entendu, on s’en est éloigné).
- Il faut une autocritique globale de la CGT, de la base au sommet sur la stratégie des luttes, le dialogue social, le syndicalisme rassemblé, les relations avec les organisations réformistes
- On perçoit de moins en moins la différence entre la CGT et les syndicats réformistes
- Il ne peut pas y avoir de dialogue social sans rapport de forces
- La Confédération doit arrêter de se défausser sur les syndicats de base ou sur la structuration de l’organisation.
Fermez le ban.
On se rappelle quand même que le 53ème Congrès a vécu un joli psychodrame pour éliminer le groupe Martinez-Buisson, avec rejet du rapport d'activité, pour nous jurer croix de bois croix de fer qu’on allait voir ce qu’on allait et voir et que la CGT allait redevenir une grande organisation syndicale de classe (voir le bilan ICI).
Résultat : 3 ans de calme plat, de remorque aux listes électorales du NFP puis toutes les petites magouilles internes entre PC-PS et LFI, quelques mobilisations contre le RN, sur la Palestine, mais de travail syndical confédéral à proprement dit, rien. Aux structures de faire le boulot, comme elles le pouvaient.
Ce que soulignent, à juste titre, les métallos du Nord Pas-de-Calais, c’est qu’en fait rien n’a changé et qu’il reste toujours la nécessité de rompre avec le réformisme. On ne peut que partager.
Le problème qu’on a dans la CGT, c’est que l’ennemi n’est pas clairement identifié : c’est quoi le « réformisme » ? Ceux du syndicalisme rassemblé ? Mais sur quelle base ? On comprend bien qu’il y a l’enjeu du choix entre la priorité à la lutte des classes radicale ou la priorité à la négociation et au consensus.
Mais cela suffit-il ? Réformisme, au sens strict c’est la « réforme », l’aménagement du capitalisme. Ce qui suppose de bien comprendre ce qu’est le capitalisme pour savoir comment lutter contre et pour quel avenir.
Par exemple, une des tartes à la crème dans la CGT, c’est les contre-plans industriels, réalisés avec forces syndicalistes et experts « amis » face aux plans de restructurations du capital (voir le débat sur la question dans une des sections de ce blog). C’est-à-dire une proposition d’aménagement du capitalisme – toujours avec les mêmes règles du taux de profit, de la concurrence et de la mondialisation – supposément « à visage humain », avec d’autres critères mais les mêmes règles fondamentales. C’est du réformisme. Ni plus ni moins. Il peut être plus ou moins radical, plus ou moins mollasson, c’est du réformisme. « Nationaliser Arcelor-Mittal » ? Qui peut croire une seconde que ça va changer la société, changer la vie de l’ouvrier ? Des centaines de milliers d’ouvrières et d’ouvriers ont travaillé dans des entreprises nationalisées dans le passé, ensuite passées au hachoir des plans de restructurations nationalisés. C’est une autre proposition pour mieux gérer le capital – en supposant que cela marche. Voilà qui ne déplaît pas forcément aux dirigeants bourgeois : on a ainsi vu le ministre de l’Industrie féliciter la CGT du Verre pour le contre-plan élaboré pour la verrerie d’Arques…
Où est le réformisme ? On veut rompre avec lui, mais on ne sait pas où il se trouve.
Le texte des camarades du Nord Pas-de-Calais a le mérite de poser le problème, de manière immédiate. Et de parler d’autocritique générale, ce qui suppose de mettre sur la table tous les enjeux clés du programme de la CGT.
Il faut rompre avec le réformisme, c’est clair, par tous les bouts à la fois : allons-y.
Depuis 20 ans nous traçons des pistes en ce sens sur ce blog. Sur la pénibilité, sur les contre-plans industriels, sur le patriotisme, sur l’emploi, la précarité et la sous-traitance, sur le temps de travail et la flexibilité, sur l’immigration, sur la santé etc. (voir tous les dossiers accessibles en haut de la colonne de gauche sur ce blog).
C’est dans ce sens qu’il faut avancer.
