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14 février 2022 1 14 /02 /février /2022 13:30

Lundi 14 février 2022

CGT PSA Poissy : où en est-on ?

 

La crise ouverte entre la Fédération de la Métallurgie et la CGT de PSA Poissy est désormais rentrée dans une nouvelle phase. Après le clash et les dénonciations publiques (« Non, la FD ne créera pas une deuxième CGT à Poissy »), les multiples interventions pour et contre au Congrès Fédéral début février (« La CGT PSA Poissy au congrès de la FTM »), rien ne s’est arrangé. Le syndicat a été désaffilié, et même dénoncé officiellement auprès de la direction de l’entreprise, pour valider le nouveau syndicat « CGT Stellantis ». Nous verrons ce qui suivra, s’il y aura en particulier des procédures judiciaires. Nous publions en fin d'article le courrier de désaffiliation plus une deuxième réponse des syndicats du groupe PSA pour compléter l'information.

 

Cela a énormément brassé dans la CGT, et pas seulement dans la métallurgie. Et pour cause ! Même si les attaques sont fréquentes (voir la CGT Ansamble à la FD du Commerce), il est rarissime de voir un syndicat de cette taille et de cette histoire (la CGT Poissy, ce n’est pas rien…) être exclu à la fois par la FD et le département – donc désaffilié de fait.

Il ne faut donc pas se tromper : quels que soient les dessous pas très propres de cette affaire (voir plus loin) il faut défendre la CGT Poissy et dénoncer sans hésitations la normalisation bureaucratique et réformiste. Car au fond, c’est bien de cela qu’il s’agit : reprendre le contrôle d’un syndicat, et au-delà de la coordination des syndicats du groupe, qui se démarquait trop des orientations fédérales.

 

Avant d’aller plus loin, nous renouvelons donc sans hésitations notre soutien aux camarades exclus de la CGT Poissy.

 

Nombre de camarades refusent de se prononcer et renvoient dos à dos le syndicat et la fédération, au nom de la pratique syndicale contestable des militants de Lutte Ouvrière. C’est par exemple le cas des contributeurs à l’article précédent (voir les commentaires ICI).

Disons-le aussi clairement que notre soutien aux camarades de la CGT Poissy : nos contributeurs n’ont pas complètement tort, même si selon nous cela ne justifie pas leur hésitation. Nous-mêmes avons déjà pratiqué les militants de Lutte Ouvrière en entreprise, savons de quoi il s’agit, et les avons parfois combattus.

  • Un des contributeurs fait référence à une note détaillée de la FD et de l’UD qui recense toutes les critiques à l’égard du syndicat de Poissy. Nous publions cette note de 11 pages ci-contre pour que chacun.e puisse se faire une idée. Et il demande, pour clarifier que la CGT de Poissy réponde point par point à cette note, pour clarifier le débat ; nous partageons la remarque. La réponse de JP Mercier affirmant sans nuance que ce n’est qu’un « torchon de mensonges » ne règle absolument rien : qu’il le prouve.
  • Car dans cette note, on retrouve nombre de critiques à des pratiques désastreuses mais connues, qui font du tort à la lutte politique dans la CGT.
    -    La rétention des FNI et des timbres pour augmenter le fond de trésorerie local et les traficotages sur le nombre réel de syndiqués. Pratique largement répandue bien au-delà de la CGT Poissy qui ouvre la porte à des sanctions statutaires faciles qui masquent les désaccords de fond.
    -    La non-participation aux réunions officielles fédérales ou interprofessionnelles, aux initiatives comme la formation, qui renforce l’idée du « détournement » de l’étiquette CGT au profit d’un petit groupe local.
    -    Le refus de prendre en charge des initiatives de la CGT sous couvert de désaccords qui ne sont en fait pas explicites.
  • On retrouve là une caractéristique de la pratique syndicale de Lutte Ouvrière que nous avons souvent rencontrée : refuser de mener les débats ouvertement, clairement, mener la polémique et la lutte politique dans le syndicat. Par exemple :
    -    L’attitude face à l’encadrement, l’UGICT. Nous partageons avec Lutte Ouvrière la méfiance avec l’orientation principale prise par la CGT, et la FD Métallurgie, pour la syndicalisation prioritaire des ICT et marcher ainsi sur les traces de la CFDT. Mais ce débat doit être mené dans la clarté et pas se régler grossièrement sur le terrain, quand en plus les ouvriers défendent (pourquoi ?) un encadrant réprimé.
    -    Le rejet de la défense de l’emploi industriel. Nous partageons avec Lutte Ouvrière la critique de cette orientation confédérale et fédérale qui débouche sur des contre-plans aussi illusoires les uns que les autres et sur la proposition d’un capitalisme à visage humain, bien géré et harmonieux. Nous en avons fait une section sur ce blog – « Défendre l’emploi industriel ? Le débat ». Mais ce débat syndical, vraiment important et de fond, doit se mener ouvertement, dans la clarté, pour la défense de l’emploi sans concession, sans conciliation avec la cogestion capitaliste. Même s’il faut pour cela savoir participer sur sa propre orientation à une campagne par ailleurs bien pourrie.
    -    L’internationalisme. Nous partageons avec Lutte ouvrière la solidarité internationale effective, contre d’ailleurs l’avis d’un de nos commentateurs. Par exemple, nous nous étions fait l’écho du soutien apporté aux ouvriers d’Opel Eisenach (voir l’article). Mais là encore le débat doit être clair, contre le nationalisme des directions fédérales ou confédérale, comme nous l’illustrions avec l’orientation contraire de la CGT Renault.

A force d’escamoter les débats de fond, pour préserver bien sûr des positions syndicales (eh, un poste de DSC dans un groupe comme PSA, ce n’est pas rien !) on prête le flanc à l’accusation de fractionnisme… Et ensuite à la liquidation bureaucratique.

 

On ne peut qu’être surpris par la tournure du débat public qui a eu lieu, jusqu’au congrès (d’ailleurs un peu surpris que Mercier ait pu néanmoins prendre la parole, alors qu’il était déjà exclu, mais bon…). Tous ces désaccords ont été escamotés, avec d’un côté un syndicat offensif mais qui « n’a pas le cul propre », comme on dit et une fédération réformiste, bureaucratique et scissionniste de l’autre. Et ce silence de tous les prétendus opposants, JP Mercier en tête, mais aussi NPA, militants combatifs… Quant à l’intervention de Martinez au congrès sur le sujet, et bien… c’était du Martinez, de la langue de bois la plus pure et en même temps totalement confuse, si bien qu’on ne connaît pas à la fin son avis véritable ! La politique de l 'autruche, comme d'habitude face aux conflits internes...

Nous ne sommes pas d’accord pour reprendre l’argument organisationnel comme quoi tout cela ne serait qu’un affrontement bureaucratique entre clans, qu’en fait la CGT Poissy ne gênait pas vraiment la fédération pour renvoyer dos à dos les deux camps.

C’est une attitude incorrecte et dangereuse, de plus assez sectaire. Quelles que soient les critiques envers la pratique syndicale des militants de Lutte Ouvrière (et nous en avons autant sur d’autres courants, et certains peuvent en avoir autant contre notre propre pratique), il faut reconnaître que c’est un règlement de compte politique dans le syndicat, pour liquider un courant combatif et renforcer une orientation réformiste.

Alors oui, nous comprenons que l’affrontement peut mener à des craintes et à la prudence : il faut s’attendre à tout, vraiment à tout, de la part de la bureaucratie syndicale réformiste qui ne sont pas « des amis qui se trompent », mais des « ennemis qui se cachent » comme nous avons l’habitude de le dire. A qui vont-ils s’en prendre ensuite ? Normal que chacun.e y  pense un peu… Nous n’avons pas oublié leur « tableau de chasse » du passé, comme un de nos camarades exclu de la CGT le matin, et licencié par le patron l’après-midi avec la validation du CE… simplement pour avoir pris le parti d’une grève d’OS qui dérangeait. Ou le secrétaire de l'UL de Douai, Jacques Leclerc, harcelé nuit et jour jusqu'à la crise cardiaque en 2009.

Mais il n’est pas possible de rester silencieux, de laisser faire sans broncher. Et encore moins de semer la confusion en renvoyant les parties dos à dos.

 

Dans la période actuelle, c’est la confusion qui règne, et la CGT est complètement à la dérive, sans plus d’orientation et de projet. C’est donc le contrôle bureaucratique, verticalisé, statutaire qui prend le dessus pour mettre au pas les opposants.

Même si notre blog est un peu au ralenti, nous ne lâcherons pas un millimètre sur ce terrain, nos lecteurs peuvent nous faire confiance, pour un syndicalisme de classe sans concession, pour démasquer tous ces « ennemis qui se cachent » !

 

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commentaires

D
Ce n’est pas vraiment je pense un renforcement du contrôle statutaire uniquement comme vous le dites en conclusion. Car comment expliquer alors que la CGT proclame dans ses statuts se revendiquer d’un syndicalisme d’adhérents contradictoire avec un pouvoir vertical. En fait cela relève du fait du prince totalement arbitraire de la part d’une direction fonctionnant avec des liens de connivences.<br /> De plus je trouve votre « solidarité » bien alambiquée et peu lisible au final et pas assez directe.<br /> D
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E
Ah, quand on veut faire dialectique, c'est souvent mal compris, le blanc ou noir est tellement plus simple et confortable. Notre soutien est clair et net et rappelé en gros. Cela n'empêche pas les critiques secondaires... mais bien réelles.