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17 décembre 2021 5 17 /12 /décembre /2021 11:05

Vendredi 17 décembre 2021

Fédération du Commerce : triste bilan...

 

La Fédération du Commerce est un panier de crabes où depuis des années, des générations de bureaucrates tentent de s’incruster et de profiter des privilèges et avantages variés des postes à responsabilités. Voilà au moins cinq congrès que c’est une foire d’empoignes et embrouilles, coups fourrés et manœuvres sordides.

Nous avons retracé cette triste histoire au fil des ans depuis 2008, dans une section spécifique, « La lutte dans la fédération du commerce et des services ».

 

Le 15ème Congrès (bis) s’est tenu à Marseille, du 29 novembre au 2 décembre.

Pour les camarades qui n’ont pas suivi, ou distraits, il faut rappeler que le premier 15ème Congrès de Reims en 2018 a été annulé en justice, annulation confirmée en appel, suite à une procédure menée par un groupe de syndicats qui contestaient – à juste titre – les magouilles de représentation, en particulier le fait que la direction fédérale s’attribuait d’office les mandats des syndiqués isolés, alors que le congrès est statutairement celui des syndicats (comme partout dans la CGT d’ailleurs).

Et dans le commerce, ce n’est pas anodin : au 15ème Congrès bis, l’effectif syndiqué est en légère baisse à 43 ou 44000 syndiqués, mais seulement 12 000 représentés. Les ¾ des syndiqués sont des isolés…

Sur cette procédure, nous renvoyons à deux articles précédents

 

Donc, le congrès s’est tenu, après que les opposants aient échoué à faire désigner un administrateur provisoire pour garantir une préparation démocratique. Du coup, ils n’ont pas participé au Congrès qui s’est donc déroulé dans une ambiance… minable. Aucun débat contradictoire (mis à part quelques structures isolées, en particulier sur les statuts), votes à la Brejnev entre 85% et 95% des mandats, aucune opposition.

Il reste une fédération normalisée et aseptisée, et l’on peut se dire que la bataille juridique autour de l’annulation du congrès de Reims et des syndiqués isolés, pour juste qu’elle ait été, n’a pas servi à grand-chose, sinon à rappeler quelques règles statutaires de base. Mais la bureaucratie autoritaire de la direction fédérale liée à la FSM sort même renforcée de ce congrès, en ayant en plus fait voter des nouveaux statuts hallucinants (voir plus loin).

Amar Lagha, ce bureaucrate que nous combattons depuis l’origine a bien réussi son coup. Lui et son équipe ont réussi à marginaliser les opposants, à contourner les décisions judiciaires pour se faire désigner à nouveau en mode plébiscite !!

Alors disons aussi les choses : les opposants n’ont pas réussi à sortir du cadre bureaucratique et juridique, à créer un courant combatif et de classe pour bousculer l’équipe dirigeante, et donc à créer une alternative syndicale crédible, une opposition interne digne de ce nom. On n’est donc pas sorti d’une lutte d’appareils, incompréhensible pour l’immense majorité des syndiqués.

 

D’autant que la direction fédérale avait quelques acquis à son actif, comme la mobilisation contre le travail le dimanche, la lutte contre le statut de location-gérance des magasins Carrefour et quelques autres, plus des discours ronflants – et sans grande conséquence. Elle a donc pu facilement arriver à ses fins face à la grande misère des congressistes, à des délégués très peu politisés, limites naïfs et béni oui-oui…

Le tout sous les yeux de Martinez, de Mavrikos (FSM) et d’Olivier Mateu (secrétaire de l’UD des Bouches du Rhône) le seul à avoir un peu de dignité et de discours de classe ancré dans la réalité de terrain, très anti-confédéral aussi mais sur des bases plutôt justes.

 

Deux votes du Congrès sont particulièrement significatifs.

 

La désaffiliation du syndicat Ansamble, sans donner au Congrès les termes du débat, et qu’en particulier la Confédération s’était déjà opposée à cette désaffiliation dans le passé. Voté sans broncher, à quelques exceptions près. Sous prétexte de contour national du syndicat suite aux restructurations successives des entreprises, et sans tenir compte que c’est un syndicat actif et à succès, en particulier aux élections professionnelles. Il faut préciser qu’il s’agissait d’un des syndicats opposants et porteur des plaintes juridiques, ceci explique cela…

 

Le vote de la modification des statuts, et en particulier de l’article 7 (voir ci-contre). Là on va s’arrêter quelques instants. Depuis la modification des statuts confédéraux votée au 50ème Congrès à Toulouse (voir « L’évolution des structures de la CGT, c’est pas gagné ! »), la tendance est nettement à la « verticalisation » bureaucratique de notre syndicat. C’est-à-dire du poids croissant des structures de direction sur les étages inférieurs… Poids des FD sur les syndicats, des UD sur les ULs, des UR sur les UDs etc.

Mais là, on atteint le summum.

Amar Lagha et l’équipe dirigeante ont rajouté deux articles totalement dictatoriaux, les nouveaux articles 7.5 et 7.6. Qu’on en juge :

« 7.5 Tout syndicat répondant aux conditions des alinéas, 7.1, 7.2, 7.3, et 7.4, recevra un courrier confirmant l’affiliation à la fédération. Il sera donc affilié à cette dernière et pourra déposer ses statuts à l’administration compétente.
Dans le cas contraire, l’avis sera motivé par écrit par la fédération qui informera le syndicat des modifications à apporter et, le cas échéant, des recours possibles.
7.6 Les syndicats affiliés informeront dans les trois mois la fédération de toutes les modifications de leurs statuts ainsi que de leur organe de direction. Ces modifications devront être validées par la fédération. En cas de non validation, le refus sera motivé par écrit et la fédération informera le syndicat des modifications à apporter et, le cas échéant, des recours possibles. »

Donc, les syndicats ne sont plus « fédérés » (le terme disparaît) mais « affiliés », et la direction se réserve le droit de contrôle sur les statuts et la composition des CE et des bureaux des syndicats

Euh… Allo la FSM ??? C’est une attaque gravissime contre la démocratie syndicale, passée sans broncher comme le reste – bien sûr et heureusement à quelques exceptions près…

Il convient de noter l’argument de mauvaise foi de cette modification : soi-disant éviter la présence du FN dans la CGT. Chacun sait à la CGT que le problème est réglé depuis l’affaire « Engelmann » à Hénin Beaumont en 2011 (voir notre dossier « La présence du FN dans la CGT »). Il peut y avoir encore quelques militants ici ou là (Dockers de Calais ou de Saint-Nazaire, Vaucluse…) mais tous les moyens existent statutairement pour s’en débarrasser sans difficultés. Non, non : Amar Lagha s’apprête à continuer le ménage dans la fédération, pour la mettre complètement à sa botte et éliminer sans vergogne tous les opposants ; ce qu’il a d’ailleurs commencé à faire avec les désignations de délégués syndicaux. Ne resteront qu’une direction bureaucratique autoritaire et des potiches qui ne l’ouvriront plus…

 

On en est là, et le bilan n’est pas terrible. Il va sûrement y avoir d’autres épisodes, des recours et contestations, internes à la CGT ou juridiques, nous verrons bien. Mais en termes de syndicalisme de classe, on ne voit pas trop ce qui pourrait, dans l’instant, faire débloquer la situation.

L’heure est à nouveau à repartir par en bas, à tisser des liens et des réseaux d’opposants, pour construire sur le fond une orientation de classe dans cette fédération. Cela passe à l’évidence par l’importance donnée à la formation de nouveaux dirigeants, formation de fond sur l’ensemble des enjeux politiques et syndicaux de la période, sur la compréhension de ce qu’est le réformisme et la bureaucratie syndicale. C’est la seule perspective pour l’avenir.
 

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