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22 septembre 2020 2 22 /09 /septembre /2020 07:01

Mardi 22 septembre 2020

La FNIC CGT face à la crise et au COVID

 

La FNIC, c’est une sorte de référence dans la CGT. Une grosse fédération industrielle et ouvrière, une tradition de combativité (raffineries, Continental, Goodyear, aujourd’hui Bridgestone), un discours radical qui tranche avec les louvoiements et l’opportunisme des positions confédérales. Une grosse fédération qui se pose désormais ouvertement en opposition dans la CGT, souvent pour dire des choses intéressantes, et a réussi à entraîner d’autres Fédérations et UDs dans son combat contre le réformisme le plus visible.

Nous en avons souvent parlé sur ce blog, plutôt dans un sens positif.

Aussi, le rapport introductif à l’AG de rentrée (qui a eu lieu le 8 septembre), disponible sur le site fédéral et disponible ci-contre mérite qu’on s’y arrête. Parce que rares sont les structures qui ont pris le risque de tenter une analyse de cette période qui articule en même temps crise économique et pandémie.

 

La crise sanitaire et le COVID

D’entrée la FNIC met les points sur les i : « Il y a bien une crise sanitaire, mais elle ne vient pas du COVID » (p1). Et de développer de manière tout à fait juste sur les restructurations dans le domaine de la santé. Destruction de l’hôpital, réduction des dépenses publiques, démantèlement de la protection sociale au profit d’une couverture assurantielle. (p2). Lits d’hôpitaux supprimés, personnel non remplacé, médicaments manquants. Création des EHPAD privés, les profits des labos pharmaceutiques, la liste est longue et complète, pour conclure :

« Cette politique de santé, c’est la priorité au privé contre le public, la priorité aux intérêts particuliers contre l’intérêt général, le choix de développer les inégalités et non les compenser ou les réduire. Cette politique n’est pas développée que dans la santé, elle est un principe, présent partout, celui de l’hégémonie de la marchandise. Car à l’intérieur de chaque marchandise, caché, se trouve le profit, soutiré de l’activité de travail. Le profit, le but unique du capital. » (p4)

En première analyse, nous partageons, et nous avons déjà eu l’occasion d’en parler sur ce blog.

Les articles de ce blog sur la santé, ICI

Juste une remarque, qui nous a prodigieusement énervé, c’est la reprise d’une fakenews répandue, à savoir que les pays « à économie dirigée » (on n’ose quand même plus dire socialiste…) ont des résultats bien meilleurs face au COVID que les pays à économie libérale. C’est un énorme mensonge repris par la FNIC. Nous mettons ci-contre le tableau comparatif des mortalités de quelques pays (à la date du 18/09), ce fameux tableau prétendument caché par BFM-TV (p1), et nous mettons au défi quiconque d’en tirer une quelconque conclusion politique…

Si la FNIC veut devenir une opposition crédible dans la CGT, il faut en finir avec ces manipulations, ras le bol, on n'est pas des enfants crédules ! Mais on sait que le problème, plus profond, renvoie aussi à une certaine conception du socialisme, ou du capitalisme d’Etat, c’est un débat à approfondir.

 

La crise économique

La FNIC poursuit. Le virus n’est pas plus responsable de la crise économique que de la crise sanitaire.
C’est tout à fait exact, encore plus dans la conclusion faite par la fédération :

« Oui, chaque licenciement dans une usine est la conséquence du choix structurant de maintenir un système concurrentiel à tous les niveaux, qui relègue les services publics et la protection sociale à une ligne comptable qu’il faut réduire. » (p8)

Enfin, on parle concurrence et système concurrentiel, ces gros mots qui ont disparu du discours CGT, comme guerre économique mondialisée, concurrence etc. Ouf, voilà qui fait plaisir, on revient aux basiques du marxisme quand même… Reste maintenant à tirer toutes les conséquences, en termes de perspectives politiques de transformation sociale – de révolution pour utiliser un mot bien galvaudé.

Malheureusement, sorti de la formule réconfortante, c’est plutôt maigrelet, et on a l’impression que la crise est souvent réduite à des cadeaux fiscaux faits aux capitalistes qui refusent d’agir pour le bien commun.
Cela dit, ce qu’on peut constater, c’est que dans la CGT comme ailleurs (parmi les écologistes radicaux ou les Gilets Jaunes par exemple), la réflexion sur la crise du « système » progresse. Oh, ça ne va pas très très vite, c’est encore très minoritaire, mais il y a des pistes à creuser, des points d’appui sur lesquels construire, même s’il y a encore beaucoup de confusions.

 

Le rôle du syndicalisme et de la CGT

C’est là que le texte de la FNIC est le plus percutant, on voit une réflexion de longue date, enrichie par l’expérience.

Si la notion de capitalisme n’est pas encore bien éclaircie (simple mauvaise répartition des richesses ? seulement politique privée contre politique d’Etat ?), en tous les cas, la FNIC est claire sur le rapport aux exploiteurs : on n’aménage pas le capitalisme, on le combat.

Et de mettre les points sur les i et les barres sur les t :

« Et jusqu’à quand allons-nous être les complices de stratégies qui sont des machines à perdre ? » (p7) « Les porte-serviettes n’ont rien à faire dans la CGT » (p8).

« Notre syndicalisme doit s’inscrire dans le cours exact du mouvement historique des travailleurs, et non pas chercher à représenter « un contre-pouvoir crédible » dans les tables de négociation et autres conférences sociales, Ségur ou Grenelle, et pour cela semer l’illusion réformiste que le rapport de forces demeurerait inchangé.

Notre rôle collectif est d’ouvrir une perspective immédiate sur le terrain de la lutte de classe : non pas « lutter », la lutte pour la lutte, ni pour la gloire, ni pour rendre crédible un « syndicalisme de proposition » de compromis, ni couvrir la stratégie syndicale de compromis et du syndicalisme rassemblé, seule responsable de la litanie des défaites, mais mettre en place un plan de travail concret, une stratégie nationale interprofessionnelle qui n’existe plus dans la CGT, devenue la simple addition des batailles qui se déroulent dans les entreprises, les secteurs professionnels et les départements, sans coordination ni impulsion d’ensemble. Ce défaut d’impulsion n’est pas une erreur, ce n’est pas un manque de stratégie, c’est un choix politique assumé par le bureau confédéral, mais dans lequel ne se retrouvent pas de nombreux syndicats CGT qui refusent de tourner le dos à leur rôle historique. » (p9)

C’est là que la FNIC marque des points et percute sur tous les camarades combatifs que nous côtoyons. Et c’est cela qui nous la rend quelque part sympathique.

Mais cela reste quand même assez limité.

 

Quelles perspectives ?

Car, au-delà de la radicalité dans la lutte, la question est bien celle des perspectives. Et là, il faut sortir du domaine de l’entreprise, des luttes économiques immédiates.

Le texte est malheureusement silencieux.

  • Pas un mot sur la crise écologique et environnementale qui mondialise de fait la lutte des classes et impose une réflexion d’ensemble. La pollution, les incendies, les transports mondiaux, le changement climatique… tout cela n’existe apparemment pas.
  • Pas un mot sur les risques chimiques – quand même un problème pour une fédération dont c’est le domaine d’intervention – à tel point qu’il n’est même pas fait référence à Lubrizol et à la mobilisation prévue pour le premier anniversaire de l’accident le 26 septembre. Pas un mot non plus sur l’explosion du nitrate d’ammonium à Beyrouth le 4 août, ou sur la marée noire à Maurice. Il y a bien sûr des choses dans le rapport préparatoire au congrès (on en reparlera), mais là, dans ce document de rentrée, rien sur Lubrizol, c’est chaud !
    Il est sûr que c’est un débat compliqué, qui touche aussi à l’emploi, mais il s’impose au-delà de la lutte sur les perspectives de la société que nous voulons construire.
    La FNIC se tait, c’est un peu un silence coupable…
  • Pas un mot sur les sans-papiers, les migrants, les réactions contre les violences policières, alors que les mobilisations de mai et juin sur ces thèmes ont été massives à la sortie du confinement, en tous les cas bien plus importantes que celles du 17 septembre. La fédération en arrive même à convoquer à une mobilisation pour le 17 octobre, précisément le jour même de l’arrivée à Paris des marches des sans-papiers venus des quatre coins de la France, concentration prévue depuis le mois de juin, ce que la FNIC ne peut ignorer… Un vrai problème, non ? 
  • Et aucune perspective générale, ni sur un cadre général d'un futur "Jour d'après" - ce que d'autres fédérations ont fait -, ni sur une riposte, même au plan syndical. Même pas une plateforme de crise, des mots d’ordres précis et mobilisateurs (et pas l’archi-minable « l’urgence c’est d’imposer le progrès social » du 17 septembre, qui ne veut juste rien dire du tout…). Même pas la perspective d’en proposer une au débat… 

 

On reste donc sur sa faim

Des bonnes choses donc, mais des vides abyssaux, des silences qui posent problème.

La FNIC a évidemment un rôle à jouer dans notre confédération, contre sa CFDTisation rampante.

Mais il faut faire preuve d’audace, ne pas rester enfermés dans des schémas dépassés qui en plus ont fait la preuve de leur échec (comme si le socialisme c’était les nationalisations + les services publics + la meilleure répartition des richesses !).

Il faut faire le lien avec toutes les luttes sociales, écologiques et environnementales, construire un projet de société. Là, on en est loin, et avec plusieurs impasses en perspectives, même si à l’évidence le texte marque sa radicalité et ses démarcations sur des questions importantes.

A suivre donc…

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