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1 décembre 2017 5 01 /12 /décembre /2017 08:50

Vendredi 1er décembre 2017

Retour sur Lidl et Cash Investigation

 

C’était il y a deux mois, et l’émission a fait un tabac. 3,8 millions de spectateurs…

Enfin, on voyait à la télévision, heure de grande écoute, la réalité du travail ouvrier, avec la pénibilité concrète, la précarité, le mépris des petits chefs, l’être humain robotisé et tout le quotidien que nous connaissons au boulot.

Ce n’est pas tous les jours qu’on montre le travail ouvrier, au-delà des images d’Epinal. On nous parle bien plus du stress des cadres, des suicides des agriculteurs ou des policiers, mais la vie ouvrière n’est guère intéressante. Alors, pour une fois, franchement, bravo – et l’impact a été à la hauteur de l’événement.

Comme les polémiques qui ont suivi. La direction de Lidl, tellement arrogante qu’elle s’est fait piéger, a tout fait pour intimider les salariés et désamorcer la critique. Nous mettons dans la colonne de droite les communiqués internes de la direction, avant et après l’émission, ainsi que la réponse de la CGT. Edifiant. Et c’est la grève que la direction a récolté à Rousset dans les Bouches du Rhône dans les jours qui ont suivi…

 

Cela dit, la polémique s’est polarisée sur l’enregistrement téléphonique d’une conversation hyper violente et insultante d’un chef envers un autre responsable subordonné. C’est choquant, c’est sûr. Et dans une carrière d’ouvrier(e) on est forcément tombé une fois ou l’autre sur un chef comme ça, une brute méprisante et arrogante qui ne cherche qu’à casser la personne en face. C’est un des aspects de l’exploitation, la dictature d’entreprise, le mépris, la soumission obligatoire, « si tu n’es pas content(e) tu dégages… ». Ca existe, c’est insupportable, c’est le stress et la peur au ventre.

 

Mais à côté, il y a eu relativement peu de commentaires sur l’aspect le plus scandaleux de l’émission, vraiment le plus scandaleux, la destruction physique du corps de l’ouvrier(e), sous la pression des cadences et de la productivité. Et pourtant ce ne sont pas les passages qui manquaient : la course aux cadences, le tonnage quotidien manipulé, le suivi médical clandestin du journaliste embauché qui a prouvé que le rythme et la productivité provoquait le passage du cœur en « zone rouge », les témoignages des employées brisées par les TMS, et l’importance du nombre des invalidités.

L’exploitation brise le corps et l’esprit de l’ouvrier, la preuve est là. Et quand il n’est plus bon à rien, cassé, on en change sans ménagement, on le jette invalide à Pôle Emploi.

Il faut voir le moment où Elise Lucet dévoile (enfin, manière de parler, il est bien au courant) au RH du groupe les chiffres de l’invalidité et des reclassements : 2200 inaptitudes en 5 ans (!!), 22 reclassements, les autres ont été licenciés. C’est brutal, bien plus que le message téléphonique…

Et c’est bien que cela ait été jeté à la face de tout le monde, à 21h55 sur le petit écran.
Mais les commentaires médiatiques sont plus impressionnés par le mépris verbal entre chefs que par la destruction physique, la vie de l’ouvrier(e). Symptomatique du monde dans lequel nous vivons, où le travailleur est réduit à une « force de travail », à une « ressource humaine », à un producteur de plus-value déshumanisé et son sort, s’il choque, ne mobilise pas grand monde…

Mais une fois de plus, qu’attend donc notre syndicat pour engager le combat contre la pénibilité…

 

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Le combat contre la pénibilité, contre l’exploitation n’est pas un combat pour un peu plus de « gentillesse » et de « justice », contre quelques excès désordonnés de chefs malveillants. C’est un combat contre un mode de production destructeur et barbare. C’est un combat pour changer la vie, changer la production, supprimer le travail à la chaîne et le travail de nuit, diminuer drastiquement les cadences, recomposer le travail manuel et le travail intellectuel, refaire de l’ouvrier(e) un producteur maître de sa vie et de toute la société.

L’enquête de Cash Investigation, sans arriver à ces conclusions, montre pour une fois la vérité. A nous de nous en saisir pour nous « radicaliser » (comme on l’a dit dans les jours qui ont suivi), pour nous organiser contre la précarité, la pénibilité et l’exploitation capitaliste !

 

C’est pour cette raison que nous mettons ci-dessous la partie de l’émission consacrée à Lidl, pour en discuter entre collègues, pour la montrer à celles et ceux qui ne l’ont pas vue, pour en faire un instrument organisé de radicalisation !

 

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C
Justice
Licencié de Cora La Neuvillette après avoir posté un commentaire sur Facebook

Par L'union | Publié le 29/11/2017 à 10h49 partager twitter Le journal du jour à partir de 1€
d-20150910-3CG3ZY 2015-10-31 19:23:34

Lecture zen

La cour d’appel de Reims vient de prendre un arrêt infirmant un jugement du conseil de prud’hommes de Reims en date du 15 septembre 2016, confirmant ainsi le licenciement d’un salarié de Cora pour faute grave.

Ce dernier avait en septembre 2015 posté un commentaire sur la page Facebook du journal L’union, en réaction à un article sur l’ouverture du magasin Cora de la Neuvillette, à Reims, les dimanches : « Aller y travailler le dimanche bande de charlot c pas vous qui vous lever et n’aver pas de vie de famille nous faite pas chier à venir le dimanche ! ! ! ! ! ! ! ».

L’employeur avait considéré que ces propos portaient atteinte à l’image de l’entreprise et pouvaient avoir de lourdes conséquences économiques.Le conseil de prud’hommes avait estimé, lui, que le licenciement était nul et à tout le moins dépourvu de toute cause réelle.

Cora a interjeté appel du jugement. La chambre sociale de la cour d’appel de Reims vient au contraire de dire que le licenciement repose sur une faute grave. Pami les motifs retenus, la cour d’appel a évoqué des propos excessifs caractérisant un abus dans l’exercice de la liberté d’expression. Elle a considéré que par l’emploi d’un vocabulaire grossier, le salarié « intime l’ordre » aux clients de ne pas se rendre au magasin Cora le dimanche, d’autant plus préjuciable qu’il le fait sur le site Facebook de L’union disposant d’une forte audience. L’emploi du « nous », poursuit encore la cour, montre que le message émanait d’un salarié du magasin. Pour elle, il y a une violation de l’obligation de loyauté de la part du salarié.
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