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2 juin 2014 1 02 /06 /juin /2014 10:00

Lundi 2 juin 2014

Belle victoire à Fralib !

 

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Les Fralib à Marseille viennent de conclure une belle victoire dans leur lutte de 3 ans et demi contre Unilever : un accord de fin de conflit, voté à l'unanimité des 76 ouvriers encore en lutte, accordant 100 000 € de prime supra-légale de licenciement et surtout 12 millions d'euros liés à la reprise de la production en SCOP (ce qui représenterait au total plus de 300 000 € par salarié si on le divise par 76 !). Nous publions ci(-contre le communiqué commun des syndicats de Fralib, de l'UL d'Aubagne et de la Fédération. Cela matérialise leur victoire mais n'est pas le plus important à souligner. Nous en tirons quelques leçons :

  • La ténacité du collectif ouvrier qui a refusé depuis le départ (septembre 2010) le renoncement par le chèque individuel mais s'est toujours battu pour une solution collective d'emploi, projet qui s'est formalisé dans un projet de SCOP de production de sachets de thés et infusions (SCOP T.I.). Ils n'ont pas eu formellement la marque Eléphant et les volumes de sous-traitance exigés d'Unilever, mais les moyens collectifs de relancer une production dans l'usine qu'ils ont défendue becs et ongles. Des attaques et des manœuvres d'Unilever et des gouvernements, il y en a eu, mais ils ont su les déjouer et rester unis sur leurs demandes. Nombreux sont ceux, au gouvernement principalement, qui leur ont suggéré de laisser tomber la lutte contre Unilever, "qui ne voulait rien lâcher", pour se faire assister. Eux sont restés fermes sur le Unilever doit payer... et s'en sont donné les moyens !
  • C'est donc une victoire du collectif. Les ouvriers savent bien que seuls, la plupart d'entre eux sont désarmés face à des trusts aussi puissants et que notre force réside principalement dans notre nombre et notre conscience. 3 ans de lutte contre les divisions exacerbées par Unilever, pour que personne ne reste sur le carreau. Grâce à un noyau d'une quarantaine de « lutteurs » dévoués à la cause commune, mais traversés aussi par les doutes et les coups de mou, c'est la force du collectif qui l'a permis.
  • La lutte paie. C'est un autre enseignement que les ouvriers peuvent tirer. C'était déjà écrit dans l'usine dès le début : ceux qui luttent ne savent pas s'ils vont gagner, mais ceux qui ne luttent pas ont déjà perdu. Mais cette victoire conforte encore la combativité de toute la classe : même à une poignée, on peut s'opposer et gagner contre une multinationale mondiale qui veut votre peau.
  • Le terrain juridique n'est pas le terrain principal où l'on peut gagner. Les Fralib ont joué sur tous les tableaux : les procès à répétition (3 plans sociaux annulés en appel grâce à un excellent avocat de la fédération CGT), l'appel au boycott et à la solidarité dans toute la France et au-delà, le peaufinage d'un projet de reprise de la production en SCOP qui a permis aux ouvriers de garder l'espoir de retravailler ensemble. Le juridique seul, même avec ses réussites, jamais assurées, n'aurait servi à rien sans cette mobilisation.
  • La solidarité ouvrière recherchée et trouvée, c'est une autre leçon positive du conflit. Leur conflit a servi de point d'appui aux Veninov à Villeurbanne, aux Pilpa à Carcassonne. Mais il a servi d'exemple bien au delà de ces deux luttes et beaucoup d'ouvriers se sont reconnus et trouvés encouragé par leur détermination. Ils l'ont affirmé à plusieurs reprises : que notre combat soit utile à d'autres ouvriers nous renforce et le justifie pleinement. C'est aussi contre cet effet d'entrainement qu'Unilever se battait, avec les autres patrons derrière lui. Les Fralib avaient conscience de mener un combat de classe, et qu'Unilever menait le sien...
  • La victoire n'aurait pas été possible sans le souci de la participation du plus grand nombre aux décisions et actions. La démocratie n'a pas été parfaite, mais elle a été suffisante pour permettre aux ouvriers de décider des principaux tournants de la lutte et de rester ensemble malgré les divisions qu'un tel conflit suscite au fil des échéances. D'avoir gardé l'usine, d'avoir obtenu son rachat par la Communauté urbaine de Marseille, d'avoir obtenu le soutien matériel des communes autour, tout cela a permis de rester ensemble, de se retrouver quotidiennement à l'usine comme base d'appui et de rassemblement des différents aspects du combat à mener. D'avoir réussi à aborder les contradictions, qu'elles s'expriment et soient débattues, est aussi un facteur qui a permis de garder le collectif et que le noyau dur serve de point d'appui et de référence pour tous.

Le lancement de la SCOP est maintenant au cœur des préoccupations. Cela ne va pas aller de soi, de s'insérer comme collectif ouvrier dans le marché capitaliste. Mais les Fralib (les ex-Fralib doit-on dire maintenant) ont des atouts et l'envie d'en découdre encore pour réussir leur pari de maintenir l'emploi dans l'usine. Plein de nouvelles questions se posent. Les réponses intéresseront tous les ouvriers pour apprendre encore de leur nouveau défi. Nous vous rendrons compte de ses avancées et difficultés sur ce blog...

Voie Prolétarienne exprime donc toutes ses félicitations au collectif de lutteurs des Fralib et l'aide que cela représente pour tous les ouvriers confrontés aux plans de fermeture, même si ce projet de SCOP n'est pas une solution qui s'applique généralement aux autres. Mais le camp ouvrier sort renforcé de leur victoire, jusqu'à dans son aspiration à œuvrer pour une autre société. Ce n'est pas si courant et mérite d'être salué !

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Publié par Où va la CGT ?
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